LAIT n. m. est
issu (v. 1120 du latin populaire lactem, accusatif de déclinaison
masculine ou féminine du mot neutre lac, lactis « lait (de femme, de
femelle) » et « suc laiteux des plantes ». Ce mot est apparenté au grec
gala, galaktos (-> galaxie), mais il est sans correspondant dans les
autres langues indoeuropéennes qui ont autant de mots distincts, outre des
formes populaires du langage technique des femmes, pour désigner le lait.
Le mot désigne le liquide blanc opaque sécrété par les mamelles de la femme
(dans le contexte de la maternité) et celui des femelles de mammifères,
notamment domestiques, dans le contexte de l'élevage et de l'alimentation,
domaine où le mot et ses dérivés sont en rapport avec les familles de crème,
beurre et fromage.
Le premier de ces emplois a donné les
expressions frère, sœur de lait (1538) et, par allusion
à la petite enfance, à l'âge du nourrisson, dent de lait (1549),
lièvre de lait (1690) et quelques locutions se rapportant
à une personne considérée comme un enfant (si
on lui pressait le nez, il en sortirait du lait).
Du second domaine d'emploi relèvent agneau de
lait (XIIIe s.), vache à lait (1549) -
vache élevée pour son lait -, au figuré (1561) en parlant d'une personne
qu'on exploite. Dans le contexte de l'alimentation, le mot entre dans petit
lait (1552), d'où au figuré boire du petit lait, prolongement
récent (1948) de l'ancienne expression avaler doux comme lait (av. 1755;
dès 1572 avec un autre sens). Certains syntagmes, comme lait concentré
(1874), sont en relation avec le développement des industries
agroalimentaires d'où vient aussi lait en poudre, lait stérilisé, lait
pasteurisé, à haute température, etc.
De soupe au lait vient
la locution métaphorique - par l'idée du lait qui monte et s'échappe,
lorsqu'il est chauffé - s'emporter comme une soupe au lait (1808),
être soupe au lait « impulsif, coléreux ».
Par analogie, lait désigne dès le XIIIe
s. un liquide ou une émulsion ayant l'apparence, la couleur du lait, seul et
surtout dans un nom de préparations, comme lait d'amande (XIIIe
s.), lait virginal (1611) puis lait de beauté, de toilette, et,
techniquement, lait de soufre (1802), lait de chaux, de
ciment.
Lait de poule (1751) désigne un mélange de lait et de
jaune d'œuf.
En botanique, le sens de « suc laiteux (de
certaines plantes) » (XIIIe s) a
donné, par métonymie, des dénominations telles que lait de couleuvre
(1845) « variété d'euphorbe ».
[Dictionnaire historique de la
langue française - Editions Robert]